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Les Vénètes.


Le terme Vénètes désigne deux ou trois peuples antiques homonymes.

L’un est un des peuples gaulois. Il résidait dans le Morbihan actuel et donna son nom à la ville de Vannes. Ce peuple est surtout connu parce que cité par Jules César dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules, mais des données récentes laissent penser qu’il était moins puissant, moins riche et moins influent en Bretagne que les Osismes

L’autre vivait en Vénétie et donna son nom à Venise. Il parlait une langue italique, le vénète. Ils sont fréquemment considérés comme étant de même origine que les Vénètes de Gaule. Cette théorie se fonde sur les ressemblances linguistiques présentes entre autres dans l’onomastique, mais ces traits communs peuvent aussi être expliqués par les liens de parenté étroits qui existent entre les langues italiques et les langues celtiques. Les données linguistiques ne permettent donc pas de trancher en faveur d’aucune de ces deux hypothèses.

Le nom « Vénète » était également donné par les Germains à un peuple d’Europe centrale qui sera finalement slavisé, les Wendes.

Remarque sur les langues : Le Vénète est une langue ancienne qui était parlée par des Indo-Européens de la région de Venise.
Dans la région historiquement peuplée par les Vénètes, la langue actuellement parlée par les plus anciens est le breton vannetais.

Hypothèses

André Martinet fait l’hypothèse suivante : les Vénètes, peuple de langue indo-européenne étaient localisés vers la fin du IIIe millénaire av. J.-C. et le début du IIe millénaire av. J.-C. aux environ de la Pologne actuelle. À cette époque, les dialectesqui allaient donner naissances aux langues celtiques, italiques, germaniques et slaves devaient encore être largement intercompréhensibles. Une partie d’entre eux à dû suivre vers l’Ouest les Celtes, pour finalement être complètement celtisée, alors que d’autres étaient entraînés vers le Sud dans le sillage des Italiques, dont ils subiront également l’influence linguistique. Enfin, certains restent sur place, où ils sont probablement progressivement germanisés,avant de subir les pressions des Slaves, avec lesquels ils finiront par se fondre (au Ve siècle). Les Germains continuent alors de désigner leurs voisins du Sud-Est, qui sont maintenant des Slaves, par le nom de « Wendes ».

                                             Les Vénètes d’Italie.

 
Les peuples dans la péninsule italienne au début de l’âge du fer      Ligures      Vénètes      Étrusques      Picènes      Ombriens      Latins      Osques      Messapes      Grecs

Les Vénètes (latin Veneti, grec ancien Ενετοί Enetoi) d’Italie vivaient en Vénétie et étaient des éleveurs de chevaux réputés. Ils auraient repoussé dans les montagnes les Euganéens. Ils combattaient sans cesse leurs voisins les Celtes, les Carnes, les Istriens et les Liburniens. Ils sont signalés comme alliés des Romains au IIIe siècle av. J.-C.. Ils fournissent alors des auxiliaires à l’armée romaine durant la Deuxième Guerre punique. Ils ont ensuite probablement dû se réfugier dans les îles de la lagune de Venise devant l’arrivée d’envahisseurs. Pour combattre les Gaulois, ils se sont alliés à Rome et ont ensuite accepté facilement son hégémonie. Ils sont encore signalés dans les îles de l’Adriatique sous Marc Aurèle (IIe siècle). On connaît leur langue, le vénète, grâce à quelques centaines d’inscriptions. Leur capitale aurait été Padoue, la plus belle de leurs cinquante villes.

                                              Les Vénètes de Gaule.

L’Armorique ("Aremorica") était habitée au sud par les Vénètes.

  

« Par leur marine considérable, leur supériorité nautique bien reconnue et leurs relations commerciales avec l’île de Bretagne, les Vénètes étaient devenus un peuple très puissant, dont l’autorité s’étendait au loin sur tout le littoral de la Gaule et de la Bretagne Insulaire. Ils possédaient un petit nombre de ports situés sur cette mer ouverte et orageuse à de grandes distances les uns des autres et rendaient tributaires presque tous les navigateurs obligés de passer dans leurs eaux. »

Les Vénètes, puissante et influente puissance maritime et commerciale, comme plus tard le seront Venise ou Saint Malo, avaient une forte organisation. Ils étaient dotés d’un sénat et avaient notamment une flotte importante pour commercer avec les îles Britanniques et l’Italie. Ils diffusaient le vin et l’huile (convoyés depuis Bordeaux) en Armorique et aussi en Bretagne insulaire notamment à Hengistbury Head (non loin de Bournemouth dans le Dorset actuel). Ils vendaient entre autres productions les salaisons et les charcuteries armoricaines déjà bien connues et appréciées à Rome outre l’étain, le plomb et le cuivre de la grande île.

Plus au sud de l’Aremorica il y avait les Namnètes qui demeuraient dans l’embouchure de la Loire et donnèrent leur nom à la ville de Nantes. Les Namnètes sont appelés « Samnites » par Strabon et par Ptolémée.Les Namnètes furent pendant longtemps une simple tribu des Vénètes.

Les Pictons étaient hostiles aux Vénètes comme on peut le déduire de leur liaison avec le proconsul Jules César dès sa première campagne et des navires construits ou fournis aux Romains par eux, par les Santons et d’autres peuples gaulois pour leur faciliter la ruine des Vénètes.

En 56 av. J.-C., les navires de Jules César fournis par d’autres peuples gaulois détruisent la flotte vénète au cours de la bataille du Morbihan. Le parlement est passé par les armes et les femmes et les enfants vendus comme esclaves. 

 Généralités

On situe l’arrivée des Vénètes dans le sud de l’Armorique entre - 1 000 et - 500, donc, bien après les constructions des monuments mégalithiques. Cette peuplade de Celtes a-t-elle atteint l’Atlantique après avoir essaimé sur la Vistule, puis sur la rive nord de l’Adriatique (Venise) ?

La Vénétie armoricaine était, sans doute, limitée par les cours de l’Ellé, de l’Oust et de la Vilaine.

Avant la conquête romaine

La découverte de vestiges démontre que, non seulement les zones côtières étaient habitées, mais aussi l’intérieur du territoire :

  • Sites fortifiés, notamment sur les promontoires maritimes. Par exemple, à la pointe du Blair à Baden ou encore à la pointe ouest de l’île de Groix.
  • Sépultures, datant de l’âge de fer. Sépultures circulaires (-450) comme celle du rocher en Plougoumelen, certains tumulus isolés comme à Saint-Pierre Quiberon, urnes cinéraires.

Chambres souterraines, destinées à des vivants (29 sites découverts dans le Morbihan). Sans doute les Vénètes de l’Armorique pré-romaine vivaient-ils de l’agriculture et de l’élevage. Mais on a trouvé aussi des preuves d’une industrie.

 

 

César témoigne que les navires vénètes comportent "des chevilles de fer et des ancres retenues par des chaînes de fer".

Dans les sépultures, des objets de parure ont été découverts ; la céramique existait également : certaines poteries en terre présentent des motifs identiques en Armorique et en Bretagne insulaire.

La fabrication des augets (récipients en terre, très fragiles) est attestée par la découverte de dépôts et de fours exclusivement en bordure de mer (trois à Port Navalo) ; ce qui permet de supposer la fabrication et la vente de sel.

Enfin, César relate la domination maritime des Vénètes et leur commerce avec la Bretagne insulaire.                

                                                     Navire Venete.

 

On admet généralement qu’ils pratiquaient le commerce de l’étain, grâce à leur flotte adaptée au gros temps. Les ports Vénètes n’ont pu être localisés.

Les Vénètes avaient-ils une capitale ? Sur ce point, César reste muet. C’est le géographe égyptien Ptolémée qui, au IIe siècle après J.-C., cite Dariorigum comme capitale des Vénètes. Dariorigum (ou Darioritum ou Dartorigum) était-elle située à Vannes ou à Locmariaquer ? Le débat reste ouvert. La table de Peutinger (IIe - IIIe siècle) fait état d’une route de Durétie (Rieux) à Vorganum (Carhaix) ; de par sa position, il s’agirait plutôt de Vannes. Il faut souligner que très peu de pièces de monnaie vénètes ont été retrouvées, ce qui est singulier pour un peuple réputé commerçant.

                                            La conquête romaine.

Dans les commentaires de la Guerre des Gaules, César a raconté sa victoire sur les Vénètes avec force détails, sans doute pour rehausser son prestige ; il a insisté sur la puissance de la flotte vénète.

L’année - 57, César soumet toute la Gaule du Nord. C’est P. Crassus qui conquiert la péninsule armoricaine et prend des otages vénètes. Des officiers romains, chargés de réquisitionner du blé, sont retenus prisonniers par les Vénètes. C’était le "casus belli" idéal, désiré des deux côtés. La rébellion gagne toute l’Armorique : les Vénètes fortifient leurs oppidums, équipent leurs navires, s’allient aux Osismes et aux Nammètes. César ordonne la construction d’une flotte de galères sur la Loire, et d’une autre chez ses alliés Pictons et Senones. D’autre part, il fit venir des pilotes et des rameurs depuis "la Province", sans recourir à l’escadre de Méditerranée.

 

 

Au printemps de - 56, César commence sa campagne contre les Vénètes. Commandant lui-même ses troupes terrestres, il confie le commandement de sa flotte à D. Brutus.

César relate la difficulté des opérations terrestres car, sur la côte très découpée et soumise aux marées, les Vénètes fuient d’oppidum en oppidum. César se serait rendu sur la presqu’île de Rhuys jusqu’à Port-Navalo ; il s’agit là d’une hypothèse, car César ne précise pas le lieu de la bataille navale.

La rencontre des flottes romaines et vénètes eut lieu sous les yeux de César : les navires vénètes se trouvaient à l’entrée du Golfe du Morbihan (ou à l’intérieur du Golfe). La flotte romaine se fit attendre, soit que Brutus ait été retardé par le mauvais temps, soit qu’il dut attendre les renforts de bateaux venus d’ailleurs.

Les lourds vaisseaux vénètes, construits en chêne, dotés d’une coque très élevée, d’une robustesse incomparable, équipés de voiles de cuir, affrontèrent la flotte romaine composée de galères légères mues par des rameurs.

L’avantage revint d’abord aux Vénètes, puis le vent cessa, immobilisant leurs navires ; les Romains coupèrent alors cordages et agrès à l’aide faux tranchantes fixées à de longues perches, et passèrent à l’abordage. Les Vénètes capitulèrent ; leur défaite marqua la liquidation de la guerre.

César châtia cruellement les vaincus, en faisant massacrer les sénateurs vénètes et vendre les survivants comme esclaves.

La déroute des Vénètes se trouve confirmée par le fait qu’en - 52, lorsque Vercingétorix demanda de l’aide aux divers peuples gaulois, Redones, Coriosolites, Osismes, Unelles envoyèrent des contingents à Alésia, mais point de Vénètes.

 

 

                                       Les Vénètes dans l’Empire romain.

Comme partout, les Romains établirent des voies de communication ; Vannes devint une agglomération gallo-romaine importante, 7 voies romaines y convergeaient.

Des vestiges de villes gallo-romaines ont été trouvés à Carnac, Arradon, Nostang, Melrand, etc...

On peut penser que Locmariaquer fut aussi une ville importante à l’époque romaine, puisqu’on y a retrouvé des traces :

  • d’un théâtre, à l’emplacement du premier cimetière ;
  • d’un sanctuaire, sous l’actuelle Chapelle Saint-Michel ;
  • de thermes entre l’église et la ruelle des Vénètes ;
  • d’un aqueduc qui enjambe la rivière d’Auray à Rosnarho et qui aurait servi à alimenter Locmariaquer en eau ;
  • d’habitations à carrelage soigné.

L’histoire du peuple vénète va ensuite se confondre avec celle de l’ensemble des peuples gaulois.

A partir de 275, Saxons et Germains envahissent la Gaule, la Vénétie s’organise : une garnison de Mauri Beneti (= Vénéti) est cantonnée à Vannes.

Au début du Ve siècle, de nouvelles invasions barbares submergent le pays : les Armoricains chassent les représentants de Rome et se confédèrent.

 

 

Après 435, les Armoricains se défendent contre les Francs, jusqu’à l’accord qui livre à Clovis tous les territoires entre Seine et Loire.

A partie de 440, l’Armorique connut l’afflux des Bretons insulaires : ceux qui s’établirent sur le territoire des Vénètes étaient sans doute des Gallois.

On remarque que, dans le Vannetais, les noms de paroisse en "Plou", de fondation bretonne, sont moins nombreux que les noms en "Ac", hérités des anciens fundi gallo-romains.

Ce bref résumé de l’histoire des Vénètes a surtout été réalisé à partir du travail de Pierre Merlat intitulé : "Les Vénètes d’Armorique".

  

                            QUI SONT LES VENETES ?

 En fait, le lien qui nous fait regrouper autour d’une même origine indo-européenne les Vénètes du Pô, ceux de la Baltique et ceux de l’Ouest Armoricain est, pour le moment, uniquement d’ordre linguistique, à savoir une identité de nom. Certains y associent également les Wendes … mais restons-en là.

 

Les Vénètes qui nous intéressent occupent donc, à l’époque de la conquête romaine, le territoire bordé au nord par l’Oust (axe Pontivy - Redon), à l’ouest, par une ligne reliant Pontivy à Quimperlé et à l’Ouest par le cours de la Vilaine sur l’axe Redon - la Roche Bernard. Il est possible que leur emprise ait débordé au sud sur une partie de la Loire Atlantique. Ainsi, l’ancien nom de Besné (près de Guérande) était Vindunita Insula et le chroniqueur Ermold le Noir (IXème siècle) cite la localité de Véneda sur le même secteur.

Quoiqu’il en soit, le territoire vénète contrôle les estuaires des principales rivières armoricaines du sud (la Vilaine et le Blavet en particulier) : il est donc le lieu de passage obligé pour tout commerce depuis l’intérieur vers les côtes atlantiques. Groix et Belle-Ile semblent avoir été également sous contrôle. Vannes (Darioritum, puis Gwenned en Breton) est, à l’époque gallo-romaine, la capitale du peuple vénète mais il est possible qu’à l’origine ce soit Locmariaquer qui ait joué ce rôle.

C’est sans doute le peuple le plus puissant de toute la Péninsule (qui regroupe les Osismes, les Coriosolites, les Redones et les Namnètes). Cette puissance est avant tout économique car il semble bien qu’une suprématie politique de l’un sur l’autre n’ait jamais vraiment existé. L’étude des monnaies vénètes nous montre qu’ils furent les premiers, en Armorique, à frapper des statères d’or dès la fin de l’hégémonie arverne (défaite du roi Bituit face aux légions romaines en 121 a. c.). Cette organisation économique supérieure est liée à leur bonne connaissance de la mer : navigateurs chevronnés, ils gardent la mainmise sur tout le trafic maritime de la côte océane et contrôlent, en particulier, les routes vers la Bretagne. Ces liens avec la grande île sont importants à double titre : les échanges commerciaux sont nombreux et les continentaux trouvent là-bas, entre autres, un étain d’excellente qualité. D’autres part, cette "île du bout du monde" reste le centre religieux du druidisme, son poumon en quelque sorte. Or il apparaît clairement que si l’unité politique gauloise continentale est ponctuelle et précaire, l’unité religieuse autour des druides est un phénomène avéré dont César lui-même a saisi toute l’importance (il est persuadé qu’il faut rechercher là l’origine de toutes les révoltes gauloises et l’entretien d’un patriotisme anti-romain solide).

 

 

Peuple de marins, de commerçants (ils vendent en particulier le sel), les Vénètes exploitent également les ressources de l’arrière pays : les forêts fournissent le bois de chêne dont sont construits leurs navires. Ils travaillent également le fer et sont de remarquables potiers.

L’Ouest armoricain semble avoir été longtemps à l’abri des incursions romaines. Des études numismatiques récentes auraient tendance à prouver qu’il n’y a pratiquement aucun commerce direct avec Rome avant 57 a. c. On ne trouve pas ou peu de traces de monnaies romaines antérieures à cette période, l’essentiel des importations depuis le sud de la Gaule étant le fait de non-Romains (Aquitains en particulier) et le commerce étant essentiellement basé sur le troc. A l’inverse des peuplades très tôt "romanisées", les Vénètes n’abandonnent pas leur propre monnaie et leurs statères ne peuvent s’échanger avec les deniers romains.

A la fin de l’été 57, les premiers soldats romains apparaissent en Armorique (c’est vraisemblablement la 7ème légion de Publius Grassus qui descend de l’actuelle Belgique). On peut difficilement définir un itinéraire précis pour cette promenade en bord de mer mais il est vraisemblable que Grassus "visite" les tribus armoricaines. C’est alors la coutume de remettre des otages, en signe de bonne entente, et les Armoricains ne dérogent pas à la règle.

Nous n’avons aucun témoignage écrit sur le sentiment qu’à pu laisser dans l’esprit des Vénètes ce passage, somme toute rapide, des légions romaines mais il est bien évident que les chefs de la peuplade ont du être inquiets de cette incursion et ce d’autant plus que l’annonce du sort réservé aux Nerviens a franchi les frontières. Leur absence de réaction immédiate est sans doute un signe de prudence : ne vaut-il pas mieux attendre, voir si le danger se précise et se concerter alors avec les tribus voisines ?

 

 

En 56, les besoins en ravitaillement des troupes de Grassus sont l’occasion de l’arrivée en Armorique de fourrageurs qui viennent prélever là ce qui leur est nécessaire. Les Vénètes trouvent là l’occasion de rappeler à César qu’ils ne sont pas un peuple soumis et ils retiennent les Romains dans le but de les échanger avec les otages remis quelques mois plus tôt. C’est du moins la version de César qui passe sous silence son désir de s’assurer une certaine suprématie maritime.

La guerre était inévitable et les Vénètes ne semblent pas avoir agi seuls : les Coriosolites et d’autres sont de la partie, la révolte gagnant même certaines régions de l’actuelle Normandie (le territoire des Esuvii par exemple, situé aux environ de Sée).

Ecoutons donc le grand Jules (livre troisième de Bellum Gallicum):
(VII) "Le jeune P. Crassus hivernait avec la septième légion, chez les Andes, près de l’Océan. Comme il manquait de vivres, il avait envoyé chez les peuples voisins des préfets et plusieurs tribuns militaires , pour demander des subsistances : […] Q. Velianus avec T. Silius chez les Vénètes.

(VIII) Ce dernier peuple est le plus puissant de toute cette côte maritime. Les Vénètes possèdent un grand nombre de vaisseaux sur lesquels ils commercent en Bretagne et surpassent leurs voisins dans l’art de la navigation. Ils occupent d’ailleurs sur cette mer vaste et orageuse, le très petit nombre de ports qui s’y trouvent et rendent tributaires presque tous les navigateurs étrangers. Les premiers, ils retinrent Silius et Velanius, espérant recouvrer, par ce moyen, les otages qu’ils avaient livrés à Crassus. Les résolutions des Gaulois sont promptes et subites : les autres, entraînés par cet exemple, arrêtèrent aussi Trebius et Terrasidius. Aussitôt, ils s’envoient des députés et s’engagent, par l’entremise de leurs principaux citoyens, à ne rien faire que de concert et à courir la même chance. Ils encouragent les autres cités à conserver la liberté qu’elles avaient reçue de leur pères plutôt que de supporter l’esclavage des Romains. Ces sentiments furent bientôt partagés par toutes les régions maritimes. Ils envoient une délégation commune à P. Crassus pour lui signifier qu’il n’aura ses officiers qu’en rendant les otages.

 

(IX) César était alors très éloigné. Instruit de ces faits par Crassus, il ordonne de construire des galères sur la Loire, qui se jette dans l’Océan, de lever des rameurs dans la Province, de rassembler des matelots et des pilotes. Ces ordres furent promptement exécutés. Lui-même, dès que la saison le permet, se rend à l’armée. Les Vénètes et leurs alliés se sentaient coupables pour avoir retenu et jeté dans les fers des ambassadeurs dont la qualité, chez toutes les nations, fut toujours sacrée et inviolable. Dès qu’ils connurent l’arrivée de César, ils se hâtèrent de proportionner les préparatifs au péril et surtout d’équiper les vaisseaux : ils se confiaient aussi à l’avantage des lieux. Les chemins sur terre étaient coupés par les marées hautes et la navigation difficile sur une mer dont les ports étaient rares et peu connus. Ils espéraient que le manque de vivres nous empêcherait de faire chez eux un long séjour et, lors même que leur attente serait trompée, ils étaient toujours les plus puissants sur mer. Les Romains n’avaient point de marine, ils ignoraient les rades, les ports, les îles des parages où ils feraient la guerre. La navigation était tout autre sur une mer fermée que sur le vaste et immense océan. Ces réflexions les rassurent. Ils fortifient leurs places et transportent le blé de la campagne dans les villes. Ils rassemblent le plus de vaisseaux possible chez les Vénètes contre lesquels ils pensent que César se dirigera d’abord : ils reçoivent dans leur alliance les Osismiens, les Lexoviens, les Namnètes, les Ambiliates, les Morins, les Diablintes et les Ménapiens : ils demandent des secours à la Bretagne située vis à vis de leurs côtes.

 

 

(X) Telles étaient les difficultés de cette guerre et cependant plusieurs motifs commandaient à César de l’entreprendre : l’injure faite à la République en retenant des chevaliers romains, la révolte après la soumission reçue et les otages livrés, la conjuration de tant de peuples, la crainte que l’impunité n’encouragea d’autres nations. Il connaissait l’amour des Gaulois pour le changement et leur promptitude à prendre les armes et il savait, d’ailleurs, qu’il est dans la nature de tous les hommes d’aimer la liberté et de haïr l’esclavage. Sans attendre donc qu’un plus grand nombre de peuples se liguent, il s’empresse de partager ses forces et d’étendre son armée.

(XI) Il envoie, avec de la cavalerie, T. Labienus, son lieutenant, chez les Trévires, peuple voisin du Rhin. Il le charge de visiter les Rémois et autres Belges pour les maintenir dans le devoir et de fermer le passage du fleuve aux Germains que l’on disait appelés par les Belges. Il ordonna à P. Crassus de se rendre en Aquitaine avec douze cohortes et une cavalerie nombreuse pour empêcher ce pays de secourir la Gaule et de s’unir à tant de nations. Il fait partir Q. Titurius Sabinus avec trois légions chez les Unelliens, les Coriosolites et les Lexoviens pour tenir ce côté en respect. Il donne au jeune D. Brutus le commandement de la flotte et des vaisseaux gaulois qu’il avait exigés des Pictons, des Santons et autres pays pacifiés et lui dit de se rendre au plus tôt chez les Vénètes. Il y marche lui-même avec les troupes de terre.

 

 

(XII). La plupart des villes de cette côte sont situées à l’extrémité de langues de terre et sur des promontoires : elles n’offrent d’accès ni aux gens de pied lorsque la mer est haute (ce qui arrive constamment deux fois en vingt quatre heures) ni aux vaisseaux que le reflux laisse à sec sur le sable. On ne pouvait donc aisément les assiéger. Si, après de pénibles travaux, on parvenait à contenir la mer par des digues et à élever une terrasse jusqu’à la hauteur des murs, les assiégés, lorsqu’ils désespéraient de leur sort, rassemblaient leurs nombreux vaisseaux, y transportaient tous leurs biens et se retiraient dans d’autres villes voisines où la nature leur offrait les mêmes moyens de défense. Durant une grande partie de l’été, cette manœuvre leur fut d’autant plus facile que notre flotte était retenue par les vents contraires et pouvait à peine naviguer sur une mer vaste, ouverte, sujette à de hautes marées et presque entièrement dépourvue de ports.

                 Armure celte.

 

(XIII) Les vaisseaux des ennemis étaient construits et armés de manière à lutter contre ces obstacles. Ils ont la carène plus plate que les nôtres : aussi redoutent-ils moins les bas-fonds et le reflux. Les proues sont très hautes et les poupes plus propres à résister aux vagues et aux tempêtes. Les navires sont tout entier de chêne et peuvent soutenir le choc le plus rude. Les bancs, faits de poutres d’un pied d’épaisseur, sont attachés par des clous en fer de la grosseur d’un pouce. Les ancres sont retenues par des chaînes de fer au lieu de cordage. Les voiles sont de peaux molles, amincies, bien apprêtées, soit qu’ils manquent de lin ou ne sachent pas l’employer, soit plutôt qu’ils croient impossible de diriger avec nos voiles des vaisseaux aussi pesants à travers les tempêtes et les vents impétueux de l’Océan. Dans l’action, notre seul avantage est de les surpasser en agilité et en vitesse. Du reste, ils sont bien plus en état de lutter contre les mers orageuses et contre la violence des tempêtes. Les nôtres, avec leurs éperons, ne pouvaient entamer des masses aussi solides et la hauteur de leur construction les mettait à l’abri des traits, aussi craignent-ils moins les écueils. Si le vent vient à s’élever, ils s’y abandonnent avec moins de péril et ne redoutent ni la tempête, ni les bas-fonds, ni, dans le reflux, les pointes et les rochers : tous ces dangers étaient à craindre pour nous.

 

 

(XIV) César avait déjà pris plusieurs villes mais sentant que sa peine était inutile et qu’il ne pouvait ni empêcher la retraite des ennemis ni leur faire le moindre mal, il résolut d’attendre sa flotte. Dès qu’elle parut et que l’ennemi la découvrit, deux cent vingt de leurs vaisseaux environ, parfaitement armés et équipés, sortirent du port et vinrent se placer devant elle. Brutus, qui en était le chef, et les tribuns et centurions qui commandaient chaque vaisseau étaient indécis sur ce qu’ils avaient à faire et sur la manière d’engager le combat. Ils savaient que l’éperon de nos galères était impuissant, les tours de nos vaisseaux n’étaient point assez hautes pour atteindre la poupe de ceux des barbares, nos traits lancés d’en bas seraient sans effet tandis que les Gaulois nous en accableraient. Une seule invention fut d’un grand secours : c’était une espèce de faux extrêmement tranchante, emmanchée de longues perches assez semblables à celle qu’on emploie dans les sièges. Avec ces faux, on accrochait et on tirait à soi les cordages qui attachent les voiles aux vergues. On les rompait en faisant force de rames et les vergues tombaient nécessairement. Les vaisseaux gaulois, en perdant les voiles et les agrès qui faisaient toute leur force, étaient réduits à l’impuissance. Alors le succès ne dépendait plus que du courage et en cela, le soldat romain avait aisément l’avantage, surtout dans une bataille livrée sous les yeux de César et de toute l’armée : aucune belle action ne pouvait restée inconnue puisque l’armée occupait toutes les collines et les hauteurs d’alentour d’où la vue s’étendait sur la mer.

(XV) Dès qu’un vaisseau était ainsi privé de ses voiles, deux ou trois des nôtres l’entouraient et nos soldats sautaient à l’abordage. Les Barbares, ayant perdu une partie de leurs navires et ne sachant que faire contre cette manœuvre, cherchèrent leur salut dans la fuite. Déjà, ils se disposaient à profiter des vents lorsque, tout à coup, il survint un calme plat qui leur rendit tout mouvement impossible. Cette circonstance compléta la victoire : les nôtres les attaquèrent et les prirent l’un après l’autre. Un bien petit nombre put regagner la terre à la faveur de la nuit. Le combat avait duré depuis la quatrième heure du jour (10 h du matin) jusqu’au coucher du soleil.

 

 

XVI) Cette bataille mit fin à la guerre des Vénètes et de tous les Etats maritimes de cette côte car toute la jeunesse et même tous les hommes d’un âge mûr, distingués par leur rang ou leur caractère, s’étaient empressés de prendre les armes : ils avaient rassemblé tout ce qu’ils avaient de vaisseaux et cette perte ne leur laissait aucun moyen de retraite ou de défense. Dans cette extrémité, ils soumirent à César leurs personnes et leurs biens. César crût devoir en faire un exemple sévère qui apprit aux Barbares à respecter désormais le droit sacré des ambassadeurs : il fit mourir tout le sénat et vendit le reste de la population à l’encan."

Ainsi se termine la triste histoire des Vénètes mais la révolte armoricaine n’est pas vraiment écrasée et quand Vercingétorix, enfermé dans Alésia en 52, appelle à l’aide, il obtient "vingt mille hommes de l’ensemble des peuples qui bordent l’Océan et qui se donnent le nom d’Armoricains" (Bellum Gallicum. Livre VII.). Curieusement, dans la liste des peuplades confédérées, César ne parle pas des Vénètes : sans doute ne veut-il pas mentionner un peuple qu’il dit avoir rayé de la carte…

 

 

Une énigme demeure : où donc a eu lieu cette fameuse bataille ?

A Vannes, aujourd’hui, l’on vous dira que c’est dans le Golfe du Morbihan… D’autres pensent que l’affrontement s’est déroulé en pleine mer, au large du Golfe, d’autres encore en vue de Lorient. Certains historiens le situe plus à l’Ouest (J. Armand) vers Concarneau ou Bénodet.

Le problème est qu’aucune épave n’a été trouvée à ce jour… Le mystère reste donc entier !

 

 

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Date de dernière mise à jour : 09/11/2011

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