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La marque du bambou (extrait n°1).

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                                                                                                                                                         Chapitre IV

 

                                                                                                                                           Centre de détention provisoire Mina Zayed.

 

 Cellule vingt quatre, trois mètres sur quatre. Nous sommes dix huit, entassés, debout dans une chaleur suffocante. Un jour nous fûmes vingt trois à y être presque soudés l’un à l’autre, comme en "trente neuf" dans un wagon en partance pour Auschwitz. Il n’y a pas d’ouverture, pas de fenêtre, juste une porte d’acier ou est percé un judas et quand je lève la tête en voulant voir le ciel, je ne vois qu'une bouche d’aération située sur le plafond. A côté, tel un soleil de plein hiver, une ampoule jaunâtre protégé par une grille diffuse une lumière irréelle.

La cellule vingt quatre ressemble à un caveau mortuaire avec un trou puant pour faire nos besoins. Une boite de fer blanc disposée sur le sol contient de l’eau marron ou des milliers de streptocoques nagent le dos crawlé. Comme dans tous les pays Arabes cette eau sert à nous torcher le cul, car nous ne disposons pas de brassées de papier velouté à la senteur menthol pour lustrer notre prose. Au dessus de cet orifice malodorant, accroché sur le mur sale et couvert de salpêtre, un robinet rouillé d’ou s’écoule une ou deux heures par jour à la volonté de nos tortionnaires, une eau à la couleur laiteuse.

L’air y est irrespirable, nous nous relayons pour dormir à même le sol car les corps allongés prennent trop de place. Par un bienveillant respect, les vieillards sont prioritaires pour se coucher sur le béton humide. Il est vrai que près du sol, l’air est un peut moins lourd à respirer et le fait de se tenir debout en permanence est vraiment éprouvant pour les personnes âgés. Ils peuvent donc user de leur droit d’aînesse en restant étendus tant qu’il leur semble bon.

La nuit, ça tousse, ça pète, ça gémit, ça hurle, ça chuchote, ça renifle, ça rote, ça ronfle, ça se racle la gorge, ça sanglote et ça crache sur un fond de prière délayé en permanence de jour comme de nuit par un haut-parleur situé je ne sais ou.

Nous passons nos journées à palabrer de nos affaires respectives. Mes compagnons sont très intéressés par mon histoire, malheureusement je ne parle que quelques mots d’Arabe alors je ne peux participer réellement aux discutions qu’avec le concours d’Ibrahim, le chauffeur de taxi qui parle couramment Anglais. Il a été condamné à un mois de détention pour avoir klaxonné un émir.

Mes cocellulaires sont pour la plupart voleurs, bagarreurs, drogués ou alcooliques.

Il y a un petit coiffeur dont le travail n’a pas été apprécié par le gamin d’un puissant citoyen Émiratie. Condamnés à deux mois fermes, lui et Ibrahim vont nous quitter aujourd’hui pour Al-Wathba.

Il y a Abdul qui baragouine Français, Anglais et Italien. Guerrier et trafiquant, dealer de rêves et de cauchemars, c’est un monstrueux colosse qui, avec Omar l’Égyptien, deviendront mes protecteurs.

 Mes journées comme celles des autres se passent debout à réfléchir.

Comment me sortir de ce merdier ?

Nous avons d’ailleurs tous la même préoccupation. La vie dans une cellule surpeuplée, sur-chauffée à l’odeur répugnante, demande une organisation ainsi que des règles qui bannissent l’égoïsme, l’orgueil et autres vanités qui ici n’ont pas cours.

Ici tu défèque devant les autres, tu te laves succinctement lorsque l’on t’y autorise et tu oublis jusqu’au plus profond de ton amour propre. La tricherie n’existe pas, la misère est trop grande, l’angoisse trop présente.

Un plat de riz agrémenté de quelques légumes est servit à douze heures, un autre à dix huit heures. Des aubergines, des concombres, parfois de la viande, en général du chameau ou plus rarement du mouton. Un seau d’eau potable pour la journée.

Pour ces repas, laissons-là les couverts en argent, oublions les serviettes brodées et les verres de cristal. Assis autour d’une large gamelle d’aluminium, nous formons un cercle, et n’avons de couverts que nos mains poussiéreuses.

Il faut savoir cher lecteur que manger avec les mains nécessite une certaine dextérité et qu’un apprentissage peut s’avérer nécessaire : Les occidentaux éprouvent de la répulsion à plonger les mains dans un plat de nourriture, sans retenue, sans gène, sans réticence.

Nous, "hommes civilisés", nous pinçons la nourriture entre le pouce, l’index et le majeur, nous ne la prenons pas à pleine main. Nous sommes instinctivement délicats, nous nettoyons sans cesse le riz qui colle sur nos doigts ou dans notre barbe,  nous appréhendons le jus qui coule le long des avants bras. Nous perdons un temps précieux à ces civilités, alors que, pendant ce temps, la gamelle se vide. La gente pénitente tenaillée par un appétit féroce, assaille dans une nuée de points serrés cette pitance gluante qui glisse et gicle entre les articulations.

A Mina, la nourriture est bâfrée, goinfrée, avalée, digérée, chiée et va nourrir un troupeau de larves blanchâtres qui rampent le long du trou immonde.

Au bout du compte, dans ce lieu de perdition, les restes n’existent pas.

Moi pour manger, j’utilise la méthode Africaine. Elle consiste à joindre le médium l’index et le majeur pour leurs donnés la forme d’une cuillère. Cette méthode est à ma connaissance la plus efficace, la plus rapide, la plus propre, et, si l’on peut dire, la plus classe... Elle ne pourrait d’ailleurs qu’être employée par Nadine de Rothschild si, pour son grand malheur, (ce que je ne lui souhaite pas), elle venait un jour partager notre repas.

La cellule voisine est celle des enfants, ils ne sont pas enchaînés et à certaines heures du jour, ce sont eux qui sont chargés du nettoyage de la coursive centrale.

Ils sont visités par leurs parents qui leurs fournissent des cigarettes. Un trafic est plus ou moins toléré, il est dirigé par ces gosses exemplaires de courage, d’innocence ou peut-être d’inconscience. Ils ouvrent les judas et balancent dans la cellule, un ou deux paquets de Lucky suivant la demande, puis referment la trappe dans un éclat de rire. Ils fument énormément et ils sont vraiment gentils car, n’ayant pas un "kopeck", ils me fournissent ma nicotine à l’œil. Par ce trafic ils apportent un bienvenu substrat aux maigres revenus de leur pauvre famille.

Quand la nuit est tombée à Mina, on les entend pleurer.

Les nuits sont longues dans cet endroit sordide, d'ailleurs il n'y a pas de nuit car jamais l'ampoule ne s'étteint. Les corps allongés sur le sol forment une masse compacte qu’il est impossible d’enjamber pour arriver au trou de défection, la longueur de nos chaînes ne nous le permet pas. Il faut écraser, bousculer, piétiner les dépouilles endormies pour arriver au trou abject ou attend affamé une colonie d’asticots gigantesques.

 

 

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Date de dernière mise à jour : 07/11/2011

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